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Article publié dans la revue LAVE N°188

La mémoire des murs de Pompéi et d’Herculanum

Dominique DECOBECQ

[ Le Vésuve a commencé à se manifester il y a environ 40 000 ans avec une succession d’éruptions. La dernière activité du Vésuve est toute récente (1944), mais l’éruption pour l’instant la plus marquante fut celle qui se produisit en 79 apr. J.-C. Cette éruption et ses conséquences sont intéressantes à plus d’un titre : volcanologie, histoire romaine, vie et moeurs des romains... Moins connue c’est l’importance historique des murs de Pompéi et d’Herculanum: les milliers de graffitis référencés sont une mémoire vivantes de leurs habitants.]

Jeune femme avec son stylet (graphium)

1.  Jeune femme avec son stylet (graphium) et ses quatre tablettes reliées. Cette fresque (37x38 cm) retrouvée à Pompéi serait un hommage du propriétaire à la poétesse grecque Sappho. Pour d’autres elle représenterait la maitresse de la maison soucieuse des comptes de la famille.
Museo Archeologico Nazionale di Napoli

L’éruption de 79 apr. J.-C.

        Deux lettres mémorables de Pline le Jeune permettent, en corrélation avec des études sur les dépôts de cette éruption, de reconstituer la chronologie de cet événement. L’éruption débute dans la matinée du 24 août, et rapidement, en début de journée, un nuage de ponces et de cendres s’élève au-dessus du Vésuve. Ce nuage en forme de pin parasol monte jusqu’à une trentaine de kilomètres de hauteur. Ce panache de ponces, emporté par le vent dominant, retombe vers le Sud-Est. En moins de 18 heures, la ville de Pompéi est recouverte par 280 cm de ponces. Dans la nuit du 24 et le matin du 25 août, la colonne de ponces s’effondre en formant des nuées ardentes qui dévalent le flanc sud du Vésuve et recouvre d’un suaire minéral les cités romaines.

Le graphium

        Pour le bonheur de générations d’archéologues, cette éruption dramatique du Vésuve en 79 apr. J.-C. a figé un instantané de la vie romaine. Dès les premières fouilles, en 1738 pour Herculanum et en 1748 pour Pompéi, les découvertes d’objets, de sculptures fascinent l’Europe. Les premiers collectionneurs, rois, princes, ou ambassadeurs enrichissent rapidement leur cabinet de curiosités. Le Vésuve est un volcan actif, mais c’est aussi une exceptionnelle machine naturelle à remonter le temps...
D’autres trouvailles sont mises à jour : les mosaïques avec leurs tesselles si fines, des fresques sur les murs des villas, des restes de tablettes et des graffitis... Des inscriptions malhabiles, des dessins rapides gravés pour l’éternité dans le fin mortier des murs avec le graphium.

        En effet, déjà à l’époque les citoyens Romains ne se séparaient pas de leur tablette... en bois. Une petite planche évidée où une fine couche de cire noircie était déposée. Sur cette surface, le scribe gravait avec la pointe d’un graphium en métal, en ivoire, en bois dur ou en os ses comptes, ses poésies, ses lettres... Un remord, et l’autre bout du graphium avec son bord plat, la palette, permettait de lisser la cire et de réécrire. Les tablettes et leur contenu se sont évaporés dans la chaleur des retombées pyroclastiques.

2.  Oiseau graffité sur un mur des bains publics à Pompéi.
DR

3.  L« C’est rufus ». il pourrait s’agir de l’une des plus anciennes caricatures au monde. Peut-être un sénateur ? graffiti situé dans l’atrium de la villa des mystères à Pompéi.
image © Michel Morisseau

4.  Un chameau, graffité sur un mur de la « maison samnite » à Herculanum.
DR

Les graffitis de Pompéi et d’Herculanum

        Ainsi, le graffiti ne vient pas des crews newyorkais, mais remonte à l’Empire romain ! Pas de bombes de peinture ou de gros feutres mais une pointe : le graphium. Certains graffitis, plus rares, étaient réalisés avec du charbon de bois. Ces graffitis sont une fenêtre sur les tréfonds de la ville. Leurs auteurs n’étaient nullement analphabètes : en 79 apr. J.-C. les Romains des villes savaient lire et écrire. Au XIXème siècle, l’Antiquité est toujours à la mode. Les peintres participent à cet engouement et s’inspirent des légendes de l’Antiquité, des héros mythologiques et sur la vie fantasmée de Pompéi et d’Herculanum. Ainsi le peintre polonais Stefan Bakalowicz imagine un jeune homme graffitant un mur à Pompéi.

        En 1765, un premier graffiti de Pompéi est relevé et étudié. Depuis, les archéologues fouinent et inventorient les graffitis des cités romaines ensevelies par les ponces du Vésuve de Campanie. En revanche, les graffitis des touristes inconstants, qui ne s’adressent qu’à eux-mêmes en écrivant leurs initiales et leur date de visite à Pompéi, n’intéressent personne. En 1871, un premier traité sur les graffitis de Pompéi et Herculanum est publié : Pompeianarum Antiquitatum Historia, puis en 1952 le Corpus inscriptonum Latinarum. En 2012, un inventaire complémentaire est publié Titulorium graphio exaratorum qui in CIL. Vol IV: Collecti sunt imagines. Plus de 12 000 graffitis sont référencés, localisés et déchiffrés. Ce catalogue révèle des graffitis sur des thèmes intemporels : la politique, les amours grivois, la délation, la jalousie ; mais aussi ses spécificités romaines : les animaux, les gladiateurs, les esclaves et les affranchis.

5.  Bateau gravé sur le mur de la villa de San Marco à Stabies, ville proche de Pompéi et également touchée par l’éruption.
DR

6.  Jeune homme aux murs de Pompéi (1885). Du peintre polonais Stefan Bakalowicz (1857 - 1947), huile sur toile (71 x 43 cm) (1885), Tchouvache State Art Museum, Cheboksary, Fédération de russie.

7.  Un cheval ? et un fascinum en bas de la photographie. Mur du théâtre à Pompéi.
image © Michel Morisseau

PVTEOLANIS FELICITER OMNIBVS NVCHERINIS FELICIA ET VNCV POMPEIANIS PETECVSANIS

Bonne chance à ceux de Pouzzoles, et pour ceux de Nucéria des jours heureux et le croc pour les Pompéiens et ceux de Pithécuse.

8.  

9.  

Les dipinti

        Il y avait aussi des lettrages sur les murs des maisons romaines de Pompéi et Herculanum. Ces dipinti sont souvent confondus avec des graffitis. mais ce sont des commandes à une corporation, celle des peintres en lettres, qui appliquaient sur un mur, enduit de blanc au préalable, leurs lettres irréprochables et sans fautes. De longues et minces lettres de couleur rouge ou noir. Pour gagner de la place, les peintres usent et abusent des abréviations. Il s’agit de réclames pour vanter les mérites d’une échoppe, promouvoir l’élection du prochain duumvir ou pour annoncer les prochains combats de gladiateurs. Les peintres étaient payés par le propriétaire du mur qui illustre aux yeux de tous ses goûts, ses préférences ou simplement sa profession.

10.  Faustus, (prospérité). Un souhait ? gravé dans le passage du théâtre de Pompéi.
image © Michel Morisseau

11.  Combat de gladiateurs. A gauche, M. Attilius, un mirmillon ou scutatus, avec son grand bouclier (scutum), à droite L. raecius Felix, un parmatus avec son petit bouclier (parma). Les chiffres romains qui suivent leurs noms indiquent les résultats de leurs combats. Attilius avait combattu et gagné une seule fois (I - I), et raecius a gagné à chaque fois ses douze combats. Nécropole de la porte di Nocéra, à Pompei.
DR

12.  Protégées par des vitres et des auvents, des dipinti à visée électorale. Préservées pendant près de 2 000 ans elles s’effacent inexorablement avec la lumière du soleil. Via dell’Abbondanza, Pompéi.
images © Michel Morisseau

Références bibliographiques

– Garrucci Raffaele (1854). inscriptions gravées au trait sur les murs de Pompéi/calquées et interprétées par Raphaël Garrucci. Librairie de J.-B. de mortier, éditeur, Bruxelles.
– Étienne Robert (1987). Pompéi, la cité ensevelie. Découvertes Gallimard.
– Jean-Claude tanguy (2012). Le Vésuve avant Pompéi. Revue LAVE n°154.
– Jean-Claude tanguy et Dominique Decobecq (2009). Dictionnaire des volcans. Éditions Jean-Paul Gisserot.

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A la suite de nouvelles fouilles archéologiques, un grand nombre d’indices se sont accumulés qui sembleraient exclure la date du 24 août 79 apr. J.-C. comme étant le début de l’éruption du Vésuve qui provoqua l’anéantissement de Pompéi ...

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