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  VOLCANS
/ Synthèse de l’actualité volcanique

Quelques actualités volcaniques... du 1er septembre au 30 novembre 2022

_______________ Ludovic Leduc _______________

Extrait de la revue LAVE N°213 parue en avril 2024
Extrait de la revue LAVE N°212 parue en décembre 2023
Extrait de la revue LAVE N°211 parue en octobre 2023
Extrait de la revue LAVE N°210 parue en juillet 2023

Sans compter les nombreux volcans sous-marins,
40 à 50 volcans en moyenne sont en éruption simultanément sur notre planète.
Heureusement, ces deux pages n’ont pas pour vocation à être une liste exhaustive de celles-ci,
mais plutôt d’axer sur les situations qui me semblent les plus intéressantes...

Une éruption débuta sur le volcan Alaid (Îles Kouriles, Russie) le 10 septembre, dans le cratère sommital. Une activité strombolienne y forma un cône éruptif et si quelques émissions de cendres purent être remarquées sur les images satellites, l’activité effusive domina largement et forma des coulées qui débordèrent du cratère par son ouverture au Sud. Un peu plus au Nord, au Kamchatka, le Bezymianny a produit un panache de cendres assez imposant le 23 septembre. De 7 km de haut, il s’est étiré sur plus de 1 900 km vers le Nord-Est. Quant au Shiveluch, l’éruption se poursuit elle aussi, avec l’habituel dôme de lave en croissance à l’intérieur de la caldeira ouverte qui éventre cet édifice. L’activité extrusive a été assez importante durant la période, avec de très nombreuses avalanches et quelques coulées pyroclastiques dont les cendres empoussièrent le secteur (Photo 1).

Le 10 septembre, des images satellites ont permis de remarquer l’émergence du volcan Home Reef (Îles Tonga), un édifice à environ 190 km au Nord/Nord-Est du fameux Hunga Tonga Honga Ha’Apai. Cette éruption est assez atypique, car une île toute ronde se forma et grandit sans activité explosive particulière. Elle atteint un diamètre de 270 m le 4 novembre, jour du dernier signal thermique enregistré signant la fin de l’éruption. Aucune observation visuelle n’en a été faite, mais la forme de l’île fait penser à un dôme de lave qui aurait émergé tranquillement...

Une éruption s’est aussi produite au Piton de la Fournaise (La Réunion). Une fissure éruptive de 400 m de long s’est ouverte le 19 septembre vers 2 200 m d’altitude à côté du Piton Kala Pélé, un cône éruptif particulièrement imposant formé lors de l’éruption du 24 août 2015 à la base Sud-Ouest du cône sommital du volcan. Pendant dix jours, l’activité suivit une évolution assez classique, avant une intensification nette le 29 septembre. L’activité explosive intense forma un cône imposant de 40 m de haut, pour un diamètre à la base de 140 m : un jumeau du Kala Pélé voisin, d’où le nom de celui-ci : Tikal, le nom du fils de Kala, qui est un peu le pendant de la déesse hawaïenne Pélé. Le débit éruptif augmenta également, de 3 à plus de 30 m3/s, pour des coulées très fluides et très rapides. Ce 29 septembre, le front de coulée progressa à environ 150 m/h, une vitesse digne d’un début d’éruption sur ce volcan. L’éruption s’arrêta le 5 octobre, brusquement, comme on ferme un robinet. Le trémor repartit à la hausse le lendemain, pour quelques projections observées au-dessus du cône pendant quelques minutes, puis plus rien.

La déesse Pélé fit aussi des siennes durant cette période, avec le Kilauea (Hawaï) dont l’éruption effusive est toujours en cours depuis plus d’un an maintenant, stable et comblant peu à peu le fond de la caldeira sommitale. Mais la grande nouvelle, c’est le réveil du géant voisin, le Mauna Loa, après 38 ans d’inactivité : un sommeil assez long, pour un volcan dont les éruptions ont lieu tous les 6 ans en moyenne depuis le milieu du XIXe siècle (voir article page 32). Une première fissure s’ouvrit dans la caldeira, suivie de quatre autres dans la rift-zone Nord-Est. L’activité se stabilisa rapidement sur la fissure n°3 qui alimente une coulée bien plus rapide que sur son cousin réunionnais. En effet, les laves parcoururent les 6,5 km jusqu’à la piste menant à l’observatoire météorologique du Mauna Loa en seulement 15 h, soit à une vitesse moyenne de sept mètres par minute. La vitesse du front a nettement diminué depuis, mais fin novembre, la coulée atteignait déjà plus de 15 km. Mis à part la route qui passe entre le Mauna Loa et le Mauna Kea, la lave ne menace aucune infrastructure ou communauté : c’est donc essentiellement un spectacle pour les locaux.

En Italie, l’Etna (Sicile) a bien produit une petite coulée de quelques centaines de mètres depuis la base Nord-Est du Cratère Sud-Est fin novembre, mais c’est le Stromboli qui a attiré tous les regards. L’activité a en effet été assez intense durant cette période, avec une explosion majeure le 29 septembre et quelques effusions modestes depuis le cratère Nord entre le 25 septembre et le 8 octobre. Puis l’activité s’est intensifiée le 9 octobre, quand un nouveau débordement de lave a engendré l’effondrement d’une partie des constructions volcaniques du cratère Nord, à l’origine d’une première coulée pyroclastique à 9h22 qui a dévalé la Sciara del Fuoco et qui s’est propagée sur 400 à 500 m sur la mer. La coulée de lave a ensuite rapidement atteint la côte, mais du fait de la pente et des matériaux instables de la Sciara del Fuoco, les écoulements pyroclastiques ont continué de se produire jusqu’au 11 novembre et ont creusé un vrai canyon au milieu de celle-ci. La coulée de lave s’épanchait à l’intérieur et, à un moment, elle cascadait même par-dessus un ressaut formé dans ce canyon : magnifique Stromboli. L’effusion a continué jusqu’au 16 octobre, puis l’activité explosive habituelle, qui était à un niveau assez bas pendant l’épisode, a repris ses droits... (Photos 2 et 3).

En Amérique du Sud, l’activité du Villarica (Chili) a légèrement augmenté durant cette période. En effet, une incandescence nocturne est remarquée plus fréquemment et intensément au-dessus de ce joli cône volcanique, tout comme quelques cendres qui salissent la neige au bord du cratère. Le Cotopaxi (équateur) aussi montre des signes de réveil, avec un dégazage plus intense et quelques émissions de cendres depuis la fin du mois d’octobre.

En Amérique centrale, le San Miguel (Salvador) s’agite également, avec quelques explosions phréatiques quotidiennes qui semblent être de plus grande intensité depuis fin novembre. Au Guatemala, les éruptions du Fuego et du Santiaguito continuent. Sur ce dernier, l’activité est toujours mixte, avec des explosions qui forment des panaches de quelques centaines de mètres et une extrusion au niveau de ce dôme qui génère quelques avalanches. Le débit éruptif semble avoir légèrement augmenté au début de l’année, car une coulée de lave épaisse se forma sur le flanc Sud-Ouest du dôme. Elle a parcouru un peu plus de 4 km en 10 mois environ, et si elle semble arrêtée aujourd’hui, son épaisseur est de plusieurs mètres à dizaines de mètres : elle a donc modifié assez franchement le paysage (Photo 4).

Sommaire de la revue LAVE N°213 parue en avril 2024